Edito pertinent sur les évolutions de la guerre commerciale

Publiée en anglais sur le site de Bloomberg, cette contribution de Shawn Donnan suggère que la simple guerre commerciale a été dépassée dans la confrontation entre américains et chinois.

La guerre commerciale entre le président Donald Trump et la Chine est devenue une guerre économique plus vaste et plus étendue pour toujours. Il est difficile de regarder le futur proche et d’attendre des évolutions qui inverseraient cette nouvelle réalité. Un accord de «phase un» pourrait correspondre à ce que les responsables américains considèrent comme une première étape. Mais cet accord, s’il vient, sera davantage un cessez-le-feu partiel qu’un changement profond des règles du jeu actuel. Cela ne signifie pas non plus qu’une pacification des relations est proche. Il y a désormais trois elements majeurs qui deviennent incontournables:

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Qu’attendre cette semaine ? 4 au 10 novembre 2019

Points Marquants

> L’indice global ISM (5) constituera la principale donnée cette semaine. Cet indice a une dynamique cohérente avec celle du PIB. Son niveau a été particulièrement faible en septembre par rapport à ce qui a été observé l’été dernier. Si le chiffre d’octobre est à nouveau faible cela pourrait entraîner un changement dans ce que la Fed pourrait faire dans un avenir prévisible.

> Les indices Services de l’enquête Markit seront publiés le 5 novembre. Mais les données de la zone euro sur le secteur manufacturier (4) et sur les services (6) seront diffusées un peu plus tard ce mois-ci, le 1er novembre étant off dans la plupart des pays d’Europe continentale.
L’indice mondial Markit pour le secteur manufacturier sera disponible lundi
> Le comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre se réunira le 7 novembre. On ne prévoit rien dans son orientation en matière de politique monétaire, mais une extension du Brexit peut impliquer des commentaires sur l’impact sur l’économie britannique.
> Aux États-Unis, nous examinons systématiquement les détails du marché du travail. L’indice global de l’emploi de l’enquête ISM et l’enquête JOLTS apporteront ces informations. L’indice global ISM du marché du travail était inférieur au seuil des 50 en septembre et pourrait constituer une source d’inquiétude en cas de faiblesse persistante.

> Le commerce extérieur chinois (8) fournira de nouvelles informations sur l’impact de la guerre commerciale sur l’économie chinoise.


> En Allemagne, une série de données sera publiée avec les commandes industrielles (6), l’indice de production industrielle (7) et la balance commerciale (8). Toutes mettront en évidence l’impact de l’environnement négatif sur la dynamique à court terme allemande. Augmenteront-ils le risque d’une longue récession?
> Dépenses des ménages japonais en septembre à la veille d’une hausse du taux de TVA (octobre). En mars 2014, les ménages avaient dépensé beaucoup juste avant le taux de TVA plus élevé d’avril 2014. Avons-nous assisté au même comportement?

Quand la crise dure (Partie 1)

Depuis 2008, le monde est en crise. Il est sorti, expulsé par la crise financière, d’un état particulier qui avait sa propre dynamique et ses modes de régulation endogènes efficaces. Cet état est celui qui avait fait la fortune des pays occidentaux. Un nouveau cadre stable avec une autre dynamique et d’autres modes de régulation doit être défini mais ses contours sont encore mal cernés. Les options possibles sont nombreuses.  La transition entre ces deux états, un que l’on connaît et l’autre que l’on peine à définir, est une situation de crise.

Les certitudes d’hier n’en sont plus et le monde qui se dessine est encore trop mal défini pour qu’on puisse en observer les nouvelles certitudes. C’est cela une crise puisque le monde passé est perdu et celui qui vient est submergé de signaux qui peuvent paraître contradictoires et qui, parfois, le sont.

Le monde de 2019 ne ressemble en rien à celui de 2007, celui d’avant la crise financière. Tous les repères ont changé et c’est cela qui déroute. Il n’est alors pas étonnant de voir apparaître des mouvements politiques plus radicaux mais qui se ressemblent en ce qu’ils s’ancrent sur les repères du passé. L’inquiétude et l’incertitude, qui affectent nos comportements, reposent sur la capacité que l’on a à voir tous ces changements former un ensemble cohérent au sein duquel il sera encore bon de vivre.

La crise que nous vivons est multiple. Elle est, par nature, source de disruption mais ne se caractérise pas forcément, contrairement à ce qui est souvent évoqué, par une rupture financière. La composante financière n’est qu’une source d’incertitude parmi d’autres et c’est probablement la plus spectaculaire sur le moment mais sûrement pas la plus complexe à résoudre. C’est ce monde mouvant qui est au cœur de tous les catastrophismes, forcément excessif et donc forcément faux, qui meublent les programmes dominicaux de nos petits écrans.

Les changements sont très divers et ont été très nombreux dans un espace-temps finalement assez limité. C’est cette multiplicité qui peut avoir un caractère effrayant.

Les changements technologiques sont fulgurants créant un cadre inattendu. C’est à la fois la reconnaissance visuelle qui rogne la liberté individuelle et le sentiment de n’être qu’un individu sans spécificité autre que la publicité sur les applications mobiles. C’est une révolution incroyable avec une vitesse que l’on ne soupçonnait pas. Cette révolution ne donne pas cependant le sentiment d’une amélioration profonde et durable du bien-être. Quelle innovation récente a contribué davantage au bien-être que le réfrigérateur ? Aucune

C’est aussi un monde qui change profondément pour les classes moyennes. La polarisation du marché du travail montre que l’emploi des très diplômés et des pas diplômés augmentent même si c’est dans des conditions très différentes. En revanche les emplois intermédiaires des personnes peu ou mal diplômes reculent. La raison principale est la prise en compte de l’innovation. Cette classe moyenne, au coeur de la croissance des trente glorieuses, a désormais le sentiment d’être sur la touche. Ce sentiment est d’autant plus fort lorsque la personne est loin des grandes métropoles puisqu’elle a moins accès aux services de santé, d’éducation et aux services publics en général. Là aussi, les repères ont changé avec une capacité à se projeter dans l’avenir qui apparaît moins radieux. Ce point n’est pas spécifique à la France. Le rapport Deaton au Royaume Uni fait un constat dramatique. Cela ne veut pas dire qu’il y a une uniformité mais simplement que les anticipations doivent être parfois profondément modifiées par une impossibilité à prolonger les tendances antérieures.

L’équilibre du monde, aussi, change profondément. L’adoption d’un même mode de production dans les pays développés et émergents a considérablement élargi la taille du marché du travail mondial. C’est aussi une raison du malaise de la classe moyenne.

Mais le changement d’échelle de l’économie mondiale a d’autres dimensions. Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine étaient inévitables puisque l’enjeu est avant tout celui du leadership politique dont le medium est la technologie. En raison des efforts considérables en Chine et peut être parce que l’investissement public a été insuffisant aux USA, le rattrapage de la Chine a été très rapide et inarrêtable. De la sorte, le leadership américain sur l’innovation est remis en cause. Au regard de la taille de la Chine et de son poids grandissant dans la croissance mondiale, le bras de fer n’est pas déséquilibré. En outre, la Chine développe son propre mode de fonctionnement vis-à-vis du reste du monde via par exemple les nouvelles routes de la soie. Il y a ici une dimension politique très forte. Son expansion n’est pas conditionnée par Washington contrairement à ce qui a pu être observé dans les pays occidentaux depuis la seconde guerre mondiale.

Cela implique une réallocation des ressources pour les USA et cela s’opère au détriment de l’Europe. En conséquence l’Europe ne peut plus prendre le risque d’être désuni. L’erreur des britanniques sera lourde de conséquences. Le monde ne reviendra pas sur la globalisation sauf à élever des murs partout entre les pays. La puissance de la Chine va en faire un partenaire majeur dans les choix qui seront fait quant à la régulation globale qu’elle soit sur les personnes, les biens, les services ou les capitaux. Une discussion tripartite doit s’engager entre l’Europe, les Etats-Unis et la Chine. Une Europe désunie ne pourrait pas imposer quoique ce soit, ce qui serait franchement dommageable.

Un autre aspect de l’émergence de la Chine est une rupture dans la dynamique historique du monde. La révolution industrielle est européenne avec ensuite son prolongement naturel vers l’Amérique. Le basculement vers la Chine c’est un rééquilibrage spectaculaire du monde. L’histoire de la dynamique de l’économie que Fernand Braudel faisait partir de la Méditerranée puis migrer vers la Flandres via les foires de Champagne avant d’arriver à Londres puis à New York est elle en train de s’achever sur l’Empire du Milieu ?

Le changement de repères est là aussi très brutal avec le sentiment de perdre une partie du contrôle de notre destin. L’Amérique pouvait être perçue comme un descendant de l’Europe et la parer de toutes les vertus. Ce n’est pas le cas de la Chine  

A suivre ……

Cette chronique a été publiée sur le site francais de Forbes. Vous pouvez la retrouver ici

Les chiffres de la semaine du 14 au 20 octobre

Points marquants

> Mardi prochain, le FMI publiera ses nouvelles prévisions. Les commentaires sont baissiers, les perspectives économiques mondiales seront plus faibles que celles du printemps dernier ou de juillet dernier. En juillet, la croissance de la production mondiale devrait être de 3,2% en 2019 et de 3,5% en 2020. Aux États-Unis, les chiffres étaient de 2,6% et 1,9%, pour la zone euro de 1,3% et 1,6% et pour la Chine de 6,2% et 6%.

> L’autre événement politique sera le sommet européen sur le Brexit. Il aura lieu les 17 et 18 octobre. Deux questions: y aura-t-il un nouvel accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne et cet accord, s’il existe, sera-t-il voté par le Parlement à Londres? Si ce n’est pas le cas, BoJo devra demander un délai. Le Parlement veut reporter le Brexit au 30 janvier 2020.
> L’élément le plus important de cette semaine sur la politique monétaire sera le Beige Book de la Fed. Les membres de la Fed envisagent une nouvelle baisse du taux d’intérêt de la banque centrale américaine en décembre (selon le graphique des dots). Cela dépendra des perspectives économiques. Le Livre Beige donnera des informations sur ce point pour un avenir proche. Nous serons attentifs spécifiquement les éléments associés au commerce international et à son impact sur la conjoncture US.

> Indices de la production industrielle de septembre aux États-Unis (17) et en Chine (18). Les chiffres d’août étaient plus bas en août et négatifs aux États-Unis. Nous ne pouvons pas nous attendre à un renversement. L’indice de la production industrielle du mois d’août sera publié dans la zone euro (14). Ce chiffre pourrait être assez fort après les chiffres allemands, italiens et espagnols.

> Le taux d’inflation sera confirmé à 0,9% dans la zone euro pour septembre (16). La question importante sur l’inflation concernera la Chine car le prix du porc a fait monter le taux d’inflation récemment. Il sera publié le 15 octobre.
> Le commerce extérieur chinois pour le mois de septembre le 14. La dynamique des exportations est toujours le point clé de cette statistique afin de percevoir l’impact des mesures tarifaires américaines.

> Ventes au détail aux États-Unis (16), en Chine (18) et au Royaume-Uni (17). Ces chiffres ont été plutôt forts ces derniers mois, notamment aux États-Unis. Nous nous attendons à des chiffres robustes aux États-Unis mais plus faible au Royaume-Uni, si l’on suit l’enquête BRC. En Chine, le léger rebond observé récemment devrait se maintenir en septembre.

> Des données immobilières seront publiées aux États-Unis, notamment le chiffre de mises en chantier. Les données étaient plus fortes que prévues en août. Cela confirmera-t-il pour la dernière fois le renversement du marché immobilier?

Le document détaillé et en anglais est disponible ici
NextWeek-October14-October20-2019

Les chiffres à venir. Semaine du 16 au 22 septembre

> La réunion de la Fed (18 septembre) sera l’événement le plus important de la semaine.
Nous nous attendons à une baisse de 25 pb du taux principal de la Fed mais pas d’annonce particulière sur la gestion du bilan, cela a été fait ors de la réunion de juillet. Le point important sera l’explication fournie par Powell lors de sa conférence de presse. En juillet, les principales explications de la baisse de 25 points de base étaient des facteurs externes (commerce, croissance mondiale). Ces éléments resteront-ils l’explication principale?
Quelles seront les nouvelles prévisions de croissance conformes à cette nouvelle orientation de la politique monétaire? Car jusqu’à présent, les données macroéconomiques ne justifient pas le changement de cap sur le plan monétaire.

> La dynamique industrielle américaine (17 septembre) constituera une donnée importante, car l’indice synthétique ISM du mois d’août est passé sous le seuil des 50 à 49,1. La cohérence entre les deux indicateurs suggère que le changement de l’indice de production industrielle en glissement annuel pourrait passer en territoire négatif. L’indice industriel suivra-t-il cette dynamique en août?
L’Empire State (16) et le PhilyFed (19) donneront des informations sur la situation économique en septembre.

Le ZEW (17 septembre) en Allemagne en septembre sera essentiel pour anticiper la possibilité d’une récession en Allemagne et donc la possibilité d’une politique budgétaire plus proactive. Draghi, lors de sa conférence de presse jeudi dernier, a déclaré qu’une politique budgétaire de la zone euro serait complémentaire à la politique monétaire de la BCE pour stimuler la croissance et l’inflation.

> Le chiffre chinois (16 septembre) montrera comment l’efficacité économique d’un arbitrage entre un choc négatif externe et la nécessité de nourrir la demande intérieure pour stabiliser l’activité économique. La production industrielle a été faible en juillet et les ventes au détail ont été plus fortes qu’il ya quelques mois.
> Les ventes au détail au Royaume-Uni (19 septembre) en pleine tourmente politique. Quel a été le comportement des consommateurs? Ont-ils augmenté leurs stocks pour éviter l’impact d’un Brexit sans accord?
> Le marché immobilier américain avec les mises en chantier (18 septembre ) et les ventes de maisons existantes (19 septembre) ? Le marché est assez stable.
> Au Brésil, le Selic ne sera pas poussé à la baisse lors de la prochaine réunion de politique monétaire (18 septembre) car la banque centrale brésilienne est intervenue avec force sur le marché des changes pour limiter la dépréciation du real, la monnaie brésilienne.

Le document détaillé en anglais est disponible en suivant le lien
NextWeek-September16-September22-2019

Montée supplémentaire des tensions entre les USA et la Chine

Les représailles annoncées par Donald Trump aux représailles chinoise (hausse des taxes douanières sur 75 Mds de produits américains importés en Chine) sont d’abord des augmentations de tarifs douaniers sur les produits chinois importés aux US ( la taxe passe de 25 à 30% sur 250 mds au 1er octobre et les 300 mds supplémentaires qui devaient être taxés à 10% le 1er septembre le seront désormais à hauteur de 15%). Dès le premier septembre, 98.6% des produits chinois importés aux USA seront taxés à hauteur d’au moins 15%. C’est un choc négatif pour l’économie globale

Le report d’une partie de ces 300 mds au 15 décembre semble oublié Les produits grand public qui devaient être exemptés jusqu’au 15 décembre pour les cadeaux de Noël ne le sont plus. Les téléphones, ordinateurs et les produits électroniques grands publics seront payés au prix fort par les consommateurs américains. Les mesures prisent par la Maison Blanche vont affecter davantage et plus directement le consommateur.

L’autre partie des représailles est d’interdire aux entreprises US de travailler avec la Chine. Cependant, la Maison Blanche ne peut le faire formellement. La question est reportée sur les entreprises. Que feront elles ? Elles devront choisir entre intérêt économique et intérêt politique. Il y a ici une probable source de dissension entre le pouvoir politique et le pouvoir économique. De nombreuses entreprises US sont en relations denses avec la Chine soit pour la fabrication (téléphones) soit pour la technologie chinoise. Google indiquait récemment que la sécurité du système d’exploitation Android nécessitait de travailler avec Huawei.

Le risque me paraît plus important pour les entreprises US que pour la Chine dont le développement techno est rapide et au cœur des nouveaux développements industriels. Les chefs d’entreprise US vont ruer dans les brancards car les mesures de la Maison Blanche vont pénaliser leur business. Refaire aux US ce qui est fait en Chine serait très coûteux et très long. Compte tenu de la globalisation toujours à l’œuvre, les chaînes de valeur sont très importantes et passent par la Chine pour de nombreuses entreprises US. La mesure prise par Trump est de rompre ses chaînes de valeur au détriment de ses compatriotes.

L’économie, vue par la Maison Blanche, s’éloigne de l’idée de marchés libres et du libre choix des entrepreneurs. C’est l’antithèse de ce que représente l’Amérique dans l’inconscient collectif. Les Etats-Unis changent en profondeur.