Edito pertinent sur les évolutions de la guerre commerciale

Publiée en anglais sur le site de Bloomberg, cette contribution de Shawn Donnan suggère que la simple guerre commerciale a été dépassée dans la confrontation entre américains et chinois.

La guerre commerciale entre le président Donald Trump et la Chine est devenue une guerre économique plus vaste et plus étendue pour toujours. Il est difficile de regarder le futur proche et d’attendre des évolutions qui inverseraient cette nouvelle réalité. Un accord de «phase un» pourrait correspondre à ce que les responsables américains considèrent comme une première étape. Mais cet accord, s’il vient, sera davantage un cessez-le-feu partiel qu’un changement profond des règles du jeu actuel. Cela ne signifie pas non plus qu’une pacification des relations est proche. Il y a désormais trois elements majeurs qui deviennent incontournables:

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Brexit après le deal

Le deal sur le Brexit prend toute sa saveur en regardant la situation de l’Irlande du nord. Elle sera dans le Royaume uni et dans le marché unique. Le RU aura donc une frontière avec une de ses provinces et l’Irlande du nord sera dans une union douanière avec l’UE. Ne doutons pas que les produits britanniques ou passant par le RU ne trouveront pas beaucoup de difficultés à se retrouver dans le marché unique.

Une fois encore les britanniques obtiennent ce qu’ils souhaitent et disposent d’un pouvoir exorbitant face au droit communautaire et les européens acceptent cette situation avec le sourire. L’UE depuis 1973 est roulée dans la farine par la perfide Albion. Quel scandale. Comment dans ces conditions imaginer un jour une Europe politique qui ne se délite pas au moment où la pression monte ?

Le deal doit désormais passer devant le Parlement britannique. Les conservateurs n’y ont pas la majorité comme le montre cet état des forces du Parlement.

Le secteur manufacturier global est fortement contraint

La réduction des nouvelles commandes à l’exportation est le phénomène conjoncturel marquant des derniers mois. On ne peut pas exclure que les mesures visant à contraindre les échanges internationaux aient eu un effet négatif sur ces échanges et sur la croissance.
Dans l’enquête mensuelle Markit sur le secteur manufacturier, l’indice des nouvelles commandes pour les pays développés s’est inscrit à 47.4. Les flux de commandes se contractent continuement depuis le mois de janvier. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l’allure de la production manufacturière soit aussi dégradée dans la plupart des pays. En août, elle se contracte aux USA sur un an.
Dans les pays émergents, l’indice des flux de nouvelles commandes reflète une contraction à 48.7. Depuis le début de l’année, l’indice moyen est à 49.7.
L’indice des flux de commandes à l’exportation de l’enquête ISM est au plus bas depuis la récession de 2009 (le point le plus bas précédent était mars 2009). Cela reflète une situation particulière qui, par le passé, a pénalisé l’économie américaine.
Le choc est sévère et les échanges internationaux ne sont plus une source d’impulsion pour l’activité comme par le passé mais plutôt une contrainte qui pénalise durablement la croissance.
Sur le graphe, on observe bien le changement de régime tout au long de l’année 2018. Les mesures tarifaires, les stratégies non coopératives et les conséquences politiques d’une croissance insuffisante expliquent ce changement de tendance. Spontanément, on ne perçoit pas d’inversion rapide de la tendance.

L’autre source d’inquiétude est l’emploi dans le secteur manufacturier. Après avoir progressé vivement jusqu’au début 2018, notamment dans les pays développés, il se contracte désormais. Cela veut dire que la demande solvable, qui s’améliore avec la hausse de l’emploi, se détériore. La dynamique interne s’étiole.

La croissance du secteur manufacturier est désormais fortement contrainte. Elle ne dispose plus d’une impulsion forte en provenance des échanges internationaux et la solvabilité de la demande interne se détériore en raison de l’inflexion constatée sur le marché du travail. On peut s’attendre à une contribution négative du secteur manufacturier à la croissance au cours des prochains mois. La seule question qui vaille désormais est de savoir si les services peuvent compenser cet effet. Généralement ce n’est pas le cas. Cela plaide pour un ralentissement supplémentaire de l’activité.

Le commerce mondial se contracte de 0.9% en juillet

La dynamique de l’économie mondiale est contrainte par le ralentissement des échanges. Sur un an, en juillet, les échanges en volume se contracte de -0.9%, le chiffre le plus faible depuis décembre 2009. Les signaux en provenance de l’enquête Markit ne suggèrent pas de retournement rapide.
En d’autres termes, la dynamique globale continue de se détériorer à un rythme rapide. Les banques centrales ont relâché leurs contraintes mais ce n’est pas suffisant pour retrouver une allure plus favorable pour l’activité.

Le référendum, arme ultime pour les britanniques

Le Parlement britannique ne veut pas du Brexit. Il a refusé par trois fois l’accord signé par le gouvernement de Theresa May avec l’Union Européenne et qui aurait permis une sortie en douceur. Il ne veut, cependant, pas une sortie sans accord et dans la précipitation. C’est pour cela qu’il a retoqué les propositions de Boris Johnson visant une sortie à la date négociée du 31 octobre qu’il y ait ou pas un accord.
Pour les parlementaires, cette date apparaît désormais trop proche pour avoir le temps de négocier un accord qui ne serait pas celui obtenu par Theresa May. La date limite de sortie serait repoussée au 30 janvier 2020. La sortie rêvée des britanniques, selon les parlementaires, se ferait alors à cette date et en accord avec les 27 autres pays de l’Union Européenne (UE).

Plusieurs remarques autour de ces points
1 – Que s’est il passé depuis le 29 mars, date théorique de sortie, pour que les parlementaires apparaissent dans une situation de précipitation à moins de deux mois de la nouvelle date butoir ?
La recherche d’un équilibre politique lors du long processus de désignation du premier ministre a paralysé les initiatives et réduit la possibilité de réfléchir à de nouvelles options. Les deux mois entre la démission de Theresa May, le 24 mai, et la nomination de BoJo, le 24 juillet, ont été perdus, mordant largement sur le délai accordé par l’UE
2 – Le prolongement au-delà du 31 octobre ne sera possible qu’avec l’accord de l’UE. Celle ci se réunit les 17 et 18 octobre pour évoquer la question du Brexit. Des voix dissonantes sont déjà audible. Le président français mais aussi l’Espagne et quelques autres avaient manifesté de l’agacement au report au 31 octobre. Amélie de Montchalin, secrétaire d’Etat aux affaires européennes pour la France, indiquait encore, le 5 septembre, la probable sortie des britanniques le 31 octobre et sans accord. L’Europe pourrait couper l’herbe sous le pied des parlementaires britanniques.
3 – Lors du sommet du 10 avril dernier, les européens avaient paru désuni sur la question du report, il serait souhaitable que cela ne soit plus un objet lors du prochain sommet d’octobre. L’union entre européens doit présider au prochain sommet des 17 et 18 octobrel.
4 – Les Européens peuvent avoir intérêt à couper rapidement le lien. La question du Brexit reste dans toutes les têtes, crée de l’incertitude et reporte, en conséquence, les ajustements économiques qui pourraient avoir lieu selon la forme de la sortie. Il peut être urgent pour les européens d’en finir rapidement.
5 – L’économie britannique souffre également de cette situation. Sa croissance est désormais nettement plus faible que celle du G7 et l’investissement des entreprises est 11% en dessous du niveau qu’il aurait pu avoir en cas d’absence de référendum. Les coûts sont considérables.
6 – Boris Johnson a perdu. Son coup d’Etat a échoué. Il ne pourra pas mettre le parlement de côté et ultime affront, il ne peut convoquer des élections générales le 15 octobre, juste avant la date fatidique (Il redemandera aux parlementaires la possibilité d’élections générales lors de la session parlementaire de lundi prochain (9). Mais il n’aura pas la majorité des 2/3 si la date est trop proche) . Vue de Londres, la sortie de l’UE, quoiqu’il arrive, pour le 31 octobre ne pourra avoir lieu.
Désormais, BoJo ne dispose plus d’une majorité au parlement après la défection de Phillip Lee et l’expulsion de 21 membres du parti conservateur. Le système apparaît paralysé.

De ce bololo politique, rien ne semble pouvoir sortir. La démission de BoJo pourrait être perçue comme une solution mais elle reposerait immédiatement la question de son ou sa remplaçante et du délai pour le faire. Compte tenu de l’état du parti conservateur et de sa fragilité à la Chambre ce serait un pari risqué.
Il faut rebattre les cartes et cela passe probablement par des élections générales à une date plus lointaine que le 15 octobre (la date limite pour le renouvellement du parlement est le 5 mai 2022).
Mais le risque serait celui d’une absence de majorité. C’était déjà ce qui s’était passé après les dernières élections voulues par Theresa May. le 8 juin 2017. Elle n’avait dû son salut qu’au petit parti séparatiste irlandais, le DUP..
Le recomposition de la droite anglaise, après les événements récents, tant au sein des conservateurs eux mêmes qu’en raison de la concurrence de Nigel Farage, le poids plus importants des Libdem et la défiance vis à vis de Corbyn, le patron des travaillistes qui veut nationaliser à tout crin, suggèrent l‘impossibilité d’une majorité claire. Des élections rapides, comme le souhaitait Johnson auraient obligé chaque candidat à se positionner pour ou contre la sortie de l’UE. Cela aurait alors faciliter la tâche du premier ministre issu de ses élections. Mais cette majorité aurait pu n’être que de courte durée en se faisant uniquement sur la question du Brexit. Des élections plus lointaines, après les 31 octobre, poseront les questions différemment sans pour autant faciliter la recherche d’une majorité et la nomination d’un premier ministre. Les questions existentielles posées par le référendum de juin 2016 ne semblent pas spontanément solubles dans la politique.
Dans ces conditions, l’absence d’une majorité claire capable de trancher, l’Europe aurait intérêt à couper tout recours à un délai supplémentaire . En d’autres termes, le bololo politique ne serait pas levé en cas d’élections générales mais le Brexit dur se profilerait..

Pour lever les ambiguïtés, et face à l’incapacité du gouvernement et des parlementaires à trouver un accord que personne ne veut, un nouveau référendum est nécessaire. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas puisque la première consultation a eu lieu le 23 juin 2016. Les britanniques s’étaient prononcé à 51.89% en faveur de la sortie. A eux de confirmer ce choix ou pas. Ils doivent décider de leur avenir collectivement puisque le gouvernement et le Parlement n’y arrivent pas.

BoJo et les élections générales

Le moment est extraordinaire. Boris Johnson a perdu. Les parlementaires britanniques voteront demain sur une motion pour éviter un no deal. BoJo devrait alors appeler à des élections générales. Cette nouvelle consultation pourrait permettre d’y voir plus clair quant à la volonté des brits de rester ou pas dans l’UE. Le résultat des élections générales sera définitif sur le maintien ou pas dans l’UE.

Ces élections seront la clarification que tout le monde attend depuis le premier référendum du 23 juin 2016. Étais ce une erreur ou l’expression d’une volonté ? Plus personne ne pourra dire “on ne savait pas “. On peut s’attendre à ce qu’un résultat favorable au Brexit précipite la sortie sans accord.

Il va régner une grande incertitude sur la Grande Bretagne parce que chacun aura à l’esprit que cette deuxième consultation sera la dernière

Une forte volatilité est donc à attendre sur les marchés et sur la livre en particulier. Celle ci sera haussière avec un sondage favorable au maintien et inversement. Les marchés actions aussi suivront ce signal.

La volatilité risque d’être exacerbée car chacun sait qu’il n’y aura pas de chance supplémentaire.

La conjoncture est toujours préoccupante

L’indicateur mondial Markit pour le secteur manufacturier se stabilise (49.5) mais l’activité continue de se contracter. Le léger rebond des émergents tire l’activité à la hausse. Les pays développés continuent de se contracter rapidement. La situation est toujours préoccupante.

Cette stabilisation est néanmoins assombrie par le repli sous le seuil de 50 de l’indice ISM manufacturier (49.1). C’est le point le plus de l’ISM depuis janvier 2016. Globalement ce n’est pas une bonne nouvelle d’autant que son ajustement a été brutal et rapide

Le signal issu des flux de commandes à l’exportation ne suggèrent pas un retournement rapide à la hausse de la dynamique du commerce mondial. La dynamique globale est toujours très préoccupante. Il devrait continuer de se contracter au cours des prochains mois et peser, toujours, sur l’activité globale.