Les gouvernements contre la zone euro

Christine Lagarde, dans son premier discours officiel comme présidente de la BCE, a appelé à la mise en place d’un nouveau policy-mix afin de permettre à la zone euro de développer tout son potentiel de croissance et d’emploi. La complémentarité entre politique budgétaire et monétaire devrait, selon la nouvelle présidente de la BCE, permettre un tel scénario. La zone Euro pourrait alors disposer d’une plus grande autonomie de croissance et d’une capacité plus étendue à décider pour elle même.

Christine Lagarde devra être convaincante parce que les gouvernements ne prennent pas au sérieux les demandes de la banque centrale.
Mario Draghi, avant elle, avait déjà, et dès le début de son mandat, appelé à un rééquilibrage des politiques économiques. La demande de Christine Lagarde montre que l’ancien président de la BCE n’a jamais été écouté, ni pris en compte. Pourtant il avait mis en œuvre une stratégie visant à solvabiliser les finances publiques des Etats. En poussant les taux d’intérêt vers le bas il facilitait la mise en oeuvre de politiques budgétaires plus offensives et de réformes structurelles afin de caler l’économie sur une trajectoire de croissance plus élevée. Jamais les gouvernements ne se sont engagés sur ce point.

La BCE a, depuis l’arrivée de Mario Draghi, mené une politique accommodante. Durant l’été 2012 la BCE est devenue enfin le prêteur en dernier ressort, garantissant ainsi la sauvegarde du système bancaire et financier. Elle a ensuite abaissé les taux directeurs au voisinage de 0% puis lancé le QE en mars 2015. Toutes ces politiques non orthodoxes ont été critiqué de toute part comme étant excessive et ne relançant en aucun cas la croissance ni l’inflation.

Comment aurait elle pu le faire lorsque la politique budgétaire de la zone Euro est restrictive depuis 2011 ? Le surplus primaire structurel (i.e. corrigé des effets du cycle) depuis 2012 traduit un frein budgétaire. En aucun cas, il n’y a eu d’impulsion budgétaire à l’échelle de la zone euro depuis 2010 (les données sont calculée par le FMI et un déficit plus important traduit une impulsion budgétaire).
A l’époque l’effondrement de l’économie avait provoqué ce déficit public important. Mais dès que la croissance est repartie, avec la relance du G20 décidée à Londres en avril 2009, les européens sont redevenus systématiquement restrictifs. La BCE avait alors joué la même partition que la Commission contribuant à accentuer la récession de 6 trimestres de la zone Euro.

La politique budgétaire à l’échelle de la zone Euro n’a jamais eu un comportement visant à soutenir l’activité et à renforcer la croissance.
Le surplus budgétaire primaire s’est calé sur un chiffre voisin de 1% du PIB potentiel depuis 2013 et n’en a pas bougé depuis. La rigueur mise en oeuvre en 2011/2012, qui s’est traduite par la très longue récession, n’a jamais été remise en cause. Les textes budgétaires mis en place en 2013 pour signaler le sérieux des options budgétaires et afin de rassurer les marchés financiers n’ont, en fait, pas permis de renforcer la croissance de la zone Euro.

On peut se demander si la politique monétaire accommodante n’a pas été le prétexte à ne pas faire de politique budgétaire volontariste. Autre interprétation, la politique monétaire n’est devenue franchement accommodante que parce que Draghi avait la perception que jamais les gouvernements et la Commission ne lâcheraient sur la politique budgétaire. Puisque la BCE adoptait une stratégie visant à soutenir la croissance, il n’était plus nécessaire de le faire à l’échelle de la zone Euro.
Draghi a ainsi permis aux gouvernements de ne pas réformer, de ne pas favoriser la croissance, de critiquer l’inefficacité de la politique monétaire en toute impunité tout en pouvant se plaindre des dérives populistes.

Christine Lagarde tombera-t-elle dans le même piège que Draghi ?

Edito pertinent sur les évolutions de la guerre commerciale

Publiée en anglais sur le site de Bloomberg, cette contribution de Shawn Donnan suggère que la simple guerre commerciale a été dépassée dans la confrontation entre américains et chinois.

La guerre commerciale entre le président Donald Trump et la Chine est devenue une guerre économique plus vaste et plus étendue pour toujours. Il est difficile de regarder le futur proche et d’attendre des évolutions qui inverseraient cette nouvelle réalité. Un accord de «phase un» pourrait correspondre à ce que les responsables américains considèrent comme une première étape. Mais cet accord, s’il vient, sera davantage un cessez-le-feu partiel qu’un changement profond des règles du jeu actuel. Cela ne signifie pas non plus qu’une pacification des relations est proche. Il y a désormais trois elements majeurs qui deviennent incontournables:

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Qu’attendre cette semaine ? (18 novembre – 24 novembre 2019)

Points Marquants

> Minutes de la dernière réunion de la Fed (20 novembre) et de la dernière réunion de la BCE (21 novembre)
Le procès-verbal de la réunion de la Fed révélera les discussions sur la baisse du taux directeur, mais le point le plus utile sera l’engagement pris, au moins temporairement, sur l’arrêt de la tendance à la baisse du taux de référence. Dans les minutes de la réunion de la BCE, l’accent sera mis sur les discussions relatives aux désaccords importants entre les membres du conseil des gouverneurs après les décisions de septembre.

> Estimations avancées des enquêtes Markit pour novembre dans la zone euro, au Japon et aux États-Unis (22 nov.)
En octobre, le rebond du secteur manufacturier aux États-Unis était une surprise, reflétant principalement la hausse de l’indice des nouvelles commandes à l’exportation. La divergence avec la zone euro et le Japon était étonnante. L’enquête de novembre mettra en évidence la possibilité pour les États-Unis de maintenir une activité robuste alors qu’au Japon et en zone Euro elle restera faible.

> Climat des affaires en France pour le mois de novembre (21 nov.)
L’indice est au-dessus de sa moyenne historique depuis des mois. Ceci est cohérent avec le dynamisme de la croissance française plutôt robuste par rapport à la zone euro. Ceci est lié à la spécificité de la politique économique française qui nourrit la demande intérieure pour amortir un éventuel choc externe. Cette stratégie limite la possibilité d’un ralentissement.

> Compte courant de la zone euro pour septembre (19 nov.)
Le compte courant de la zone euro affiche un excédent important d’environ 3% du PIB. Cela signifie qu’il y a une épargne excédentaire dans la zone euro et que nous avons les moyens d’investir pour améliorer l’autonomie de notre processus de croissance. Parce que l’accumulation de surplus est simplement inutile.

Ventes de maisons existantes aux États-Unis pour octobre (21 novembre) et mises en chantier de logements (19 novembre)
L’indicateur de vente de maisons existantes est une mesure de l’effet de la richesse sur les dépenses de consommation. Son profil récent suggère un ralentissement des dépenses au cours du dernier trimestre de cette année avant un léger rebond au début de 2020.

> La productivité au Royaume-Uni au troisième trimestre (20 novembre)
Le fort ralentissement de la productivité au Royaume-Uni suggère une période prolongée de faible croissance, sauf si l’investissement rebondit fortement. Ce ne sera pas le cas quel que soit l’accord sur le Brexit celui ci continuera à générer une grande incertitude.

> L’indice de la Fed de Philadelphie sera publié le 21 novembre. La balance commerciale japonaise le 20 novembre, l’inflation japonaise d’octobre le 22 novembre et l’indice de confiance des consommateurs allemands le 21 novembre

Qu’attendre cette semaine ? (11 novembre – 17 novembre 2019)

Points Marquants

> Croissance du PIB pour le troisième trimestre en Allemagne (14 novembre) et enquête ZEW pour novembre (12 novembre)
La contraction industrielle au troisième trimestre et la fragilité observée dans le secteur des services sur la même période devraient entraîner un taux de croissance négatif au troisième trimestre. Cette récession technique sera-t-elle suffisante pour imposer une politique budgétaire plus accommodante?

> Le PIB et l’emploi de la zone euro pour le troisième trimestre (le 14 novembre) et la production industrielle pour septembre (le 15 novembre)
L’estimation rapide du PIB était de 0,2%, cela sera confirmé. La question concerne la dynamique de l’emploi. Depuis le début de 2018, sa croissance trimestrielle est proche de la croissance du PIB, ce qui a entraîné une allure sans tendance de la productivité. Ce n’est pas une nouvelle positive car cela limite la capacité de l’économie à redistribuer des revenus supplémentaires.

> Le PIB du Royaume-Uni pour le troisième trimestre (11 novembre) et l’emploi pour août (12 novembre)
La principale préoccupation du Royaume-Uni est sa faible croissance de la productivité. Depuis le début de la reprise actuelle, en 213, elle n’a augmenté que de 1%. Le changement pourrait intervenir dans les mois à venir avec un ajustement à la baisse sur le marché du travail.

> Croissance du PIB pour le troisième trimestre au Japon (14 novembre)
Le chiffre tiendra compte de la hausse des ventes au détail des ménages en septembre. Leurs dépenses ont augmenté pour compenser la hausse du taux de TVA en octobre. C’est le même phénomène que celui observé en avril 2014 lors du précédent changement de taux de TVA.

> Indice de la production industrielle aux États-Unis pour octobre (15 novembre). Enquête de la Fed sur le secteur manufacturier pour novembre (15 novembre).
Aux États-Unis, la dynamique industrielle est faible, comme en témoigne l’indice ISM manufacturier inférieur au seuil des 50 pour les trois mois jusqu’à octobre. Cela poussera probablement l’indice de la production industrielle à la baisse.

> Production industrielle, ventes au détail et investissements chinois pour octobre (14 novembre)
La dynamique est plus faible en Chine. Elle reflète des chocs externes négatifs (la croissance des exportations est proche de zéro ces derniers mois) et d’un fort ajustement interne (croissance négative des importations).

> Ventes au détail aux États-Unis (le 15 novembre) et au Royaume-Uni (le 14 novembre)
Les ventes aux États-Unis resteront robustes car le marché du travail reste favorable et les ménages optimistes Au Royaume-Uni, la perception est plus faible, la dynamique du marché du travail étant récemment devenue négative.
> Inflation au Royaume-Uni et aux États-Unis pour octobre
Sera inférieur à celui de septembre car la contribution énergétique sera plus négative en octobre.
> Taux d’inflation dans la zone euro (15), en France (14), en Allemagne (13), en Italie (15) et en Espagne (14) Confirmation de l’estimation rapide publiée au début du mois. Le taux d’inflation de la zone euro en octobre avait été estimé pour la première fois à 0,7%

Qu’attendre cette semaine ? 4 au 10 novembre 2019

Points Marquants

> L’indice global ISM (5) constituera la principale donnée cette semaine. Cet indice a une dynamique cohérente avec celle du PIB. Son niveau a été particulièrement faible en septembre par rapport à ce qui a été observé l’été dernier. Si le chiffre d’octobre est à nouveau faible cela pourrait entraîner un changement dans ce que la Fed pourrait faire dans un avenir prévisible.

> Les indices Services de l’enquête Markit seront publiés le 5 novembre. Mais les données de la zone euro sur le secteur manufacturier (4) et sur les services (6) seront diffusées un peu plus tard ce mois-ci, le 1er novembre étant off dans la plupart des pays d’Europe continentale.
L’indice mondial Markit pour le secteur manufacturier sera disponible lundi
> Le comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre se réunira le 7 novembre. On ne prévoit rien dans son orientation en matière de politique monétaire, mais une extension du Brexit peut impliquer des commentaires sur l’impact sur l’économie britannique.
> Aux États-Unis, nous examinons systématiquement les détails du marché du travail. L’indice global de l’emploi de l’enquête ISM et l’enquête JOLTS apporteront ces informations. L’indice global ISM du marché du travail était inférieur au seuil des 50 en septembre et pourrait constituer une source d’inquiétude en cas de faiblesse persistante.

> Le commerce extérieur chinois (8) fournira de nouvelles informations sur l’impact de la guerre commerciale sur l’économie chinoise.


> En Allemagne, une série de données sera publiée avec les commandes industrielles (6), l’indice de production industrielle (7) et la balance commerciale (8). Toutes mettront en évidence l’impact de l’environnement négatif sur la dynamique à court terme allemande. Augmenteront-ils le risque d’une longue récession?
> Dépenses des ménages japonais en septembre à la veille d’une hausse du taux de TVA (octobre). En mars 2014, les ménages avaient dépensé beaucoup juste avant le taux de TVA plus élevé d’avril 2014. Avons-nous assisté au même comportement?

La croissance de la zone Euro péniblement au-dessus de 1%

La croissance du PIB de la zone Euro est de 1.2% (taux annualisé) depuis le dernier trimestre de 2017.
Le chiffre de 0.2%(0.75% en taux annualisé) pour le troisième trimestre de 2019 ne change pas cette tendance.L’acquis est de 1.1% et la croissance sur l’année sera de l’ordre de 1.2% au mieux.
Après le rattrapage de 2017, l’économie de la zone Euro n’a plus la capacité d’accélérer. Que fait on du surplus budgétaire allemand? N’est ce pas une nécessité que de l’utiliser et de mettre en place une politique budgétaire plus proactive afin de se caler sur une trajectoire de croissance plus élevée? Voir ici